Solisterrae (2006)
Un ange passe, lumineux
Un drôle d’objet que ce théâtre-là. Lundi soir Pascal Gaigne fumait clope sur clope dans le théâtre de Bayonne. A décharge du compositeur et auteur de la musique qui sert de trame au spectacle Solisterrae, il s’agissait de la générale et le théâtre était vide de spectateurs. En revanche, il était déjà plein d’une énergie singulière, dans une mise en scène qui interroge la forme théâtrale pour la délester de ses contraintes.Ou en ajouter. La création du Théâtre du Rivage est d’abord la quête d’une prise directe entre musique et jeux d’acteurs et renoue malicieusement avec la grande tradition du mime et du cinéma muet dans l’expérience d’un théâtre métaphorique. La tentation est grande, pourtant, de glisser subrepticement vers la danse. Un grand écart naturel entre la musique et le mime. Mais les acteurs ne vont pas plus loin que la "ligne poétique" fixée par la metteuse en scène Pascale Daniel-Lacombe. Un ange passe, comme on dit du silence d’une confrontation. Celui de Solisterrae est lumineux, enjoué et burlesque et contraste avec des images du passé, d’hommes et de femmes gainés de solitudes, presque en noir et blanc. De vieilles graines d’hommes qui reprennent des couleurs à mesure que la musique les pénètre. Comme une histoire revisitée, on pense à des exodes passés, des destins séparés, des chemins communs et solitaires. Des tableaux qui défilent comme autant de scènes soumises à l’appétit d’un peintre qui, en musique, colorise à tout va avec jubilation. Il n’y a rien à comprendre que cet appétit esthétique qui balance sur une musique tantôt radieuse et frénétique, tantôt mélancolique. Au final, une performance visuelle et musicale profondément poétique. Solisterrae était présenté hier soir au théâtre de Bayonne et sera ensuite montré à des diffuseurs, en mars à Périgueux. Rémi RIVIERE